Contexte
En 2015, l’ASOQS (Association pour l’Optimisation de la Qualité des Soins), une association de médecins généralistes des Vosges, s’est intéressée à la problématique croissante de la présence de molécules pharmaceutiques dans les eaux. En collaboration avec des professionnels de santé, notamment des pharmaciens et des vétérinaires, cette réflexion a abouti à la création du projet ECOPRESCRIPTION.
L’une des principales actions menées auprès des médecins consiste à promouvoir, lorsque l’efficacité et la tolérance sont équivalentes, la prescription du médicament ayant le plus faible impact environnemental.
Pour cela, les praticiens s’appuient sur le document suédois « Environmentally Classified Pharmaceuticals », qui classe les médicaments selon un score de risque environnemental évaluant la persistance (P), la bioaccumulation (B) et la toxicité (T) de chaque molécule.
L’indice PBT est connu désormais sous le nom d’Hazard Score.
Ce référentiel permet ainsi d’apprécier de manière documentée la dangerosité environnementale des résidus médicamenteux, en milieu aqueux. De la même manière, cela a un impact sur la croissance de l’antibiorésistance.
Par ailleurs, le projet encourage également les prescripteurs à sensibiliser leurs patients au retour des médicaments non utilisés (MNU) en pharmacie, afin qu’ils soient pris en charge par une filière sécurisée de destruction.
Outre l’aspect environnemental stricto sensu, la production médicamenteuse émet des gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. Selon les données du Shift Project, 29% des émissions des GES du système de santé sont causées par les médicaments.
Cette approche s’inscrit dans une volonté de réduire la contamination des milieux aquatiques par les résidus médicamenteux tout en maintenant une qualité optimale de prise en charge des patients.
L’objectif poursuivi par les institutions est d’aider les pharmaciens d’officine et leurs équipes à intégrer des pratiques d’éco-prescription et d’éco-dispensation afin de réduire l’impact environnemental du système de santé, tout en maintenant la qualité et la sécurité des soins.
Principes clés de l’éco-prescription :
- Privilégier le juste soin : le bon médicament, à la bonne dose, pour la bonne durée, au bon moment et au bon patient
- Limiter le gaspillage médicamenteux et les prescriptions inutiles
- Favoriser l’observance pour éviter les pertes et les traitements inefficaces : Bilan Partagé de Médication. Selon une étude de l’entreprise IMS Health en partenariat avec le Cercle de réflexion de l’industrie pharmaceutique (CRIP) datant de 2022, le coût de la non-observance est estimé à 9,3 milliards d’euros par an pour le système de santé.
- Sensibiliser les patients au bon usage et à l’élimination des médicaments
Le rôle du pharmacien d’officine peut être multiple :
- Analyser les prescriptions et détecter le schéma posologique
- Proposer des alternatives pertinentes : formes galéniques adaptées, conditionnements cohérents avec la durée du traitement
- Accompagner les patients dans le bon usage des médicaments
- Participer à la prévention de l’automédication inappropriée
En pratique
Les règles d’or de l’éco-prescription :

Dans la mesure du possible le pharmacien peut :
- Vérifier les stocks du patients avant délivrance d’un renouvellement.
- Privilégier les durées de traitement adaptées et éviter les surplus.
- Favoriser les médicaments ayant un impact environnemental moindre lorsque cela est possible et connu.
- Informer les patients sur le retour des médicaments non utilisés via la filière Cyclamed.
- Limiter les impressions papier inutiles et promouvoir les outils numériques sécurisés.
Focus sur les inhalateurs : illustration CHU Nantes / OMEDIT Normandie
– Les inhalateurs pressurisés ont un impact carbone plus élevé par rapport aux inhalateurs à poudre sèche par exemple.


Lorsque cela est cliniquement possible, échanger avec le prescripteur sur des alternatives moins émettrices.
- Former les patients à la bonne technique d’inhalation afin d’éviter les pertes.
Conseils à transmettre aux patients :
- Ne pas stocker inutilement des médicaments à domicile.
- Rapporter les médicaments non utilisés ou périmés à la pharmacie.
- Respecter les doses et la durée du traitement prescrites.
- Ne jamais jeter les médicaments dans les toilettes, éviers ou à la poubelle. La filière Cyclamed permet de transformer en chaleur les médicaments incinérés.
Checklist rapide pour l’équipe officinale :
- Vérifier l’adéquation quantité/durée du traitement
- Identifier les risques de gaspillage potentiels
- Promouvoir l’observance en proposant un BPM si nécessaire
- Consulter le DMP du patient pour identifier les médicaments précédemment délivrés
- Informer sur Cyclamed et le recyclage des médicaments
L’éco-prescription repose sur une approche pragmatique : prescrire et dispenser au plus juste, éviter le gaspillage et accompagner le patient vers un usage responsable des médicaments.
Rémunération :
Le rôle du pharmacien dans l’éco-prescription est valorisé au travers de la ROSP Bon usage des produits de santé